[FAQ] Photographier : ce que l’on peut et ce que l’on ne peut pas

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Phauto auteur de la discussion Avatar de Phauto

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le 17 novembre 2005 à 15h24

Suite à deux expériences récentes, je propose d’ouvrir un topic dédié à ce sujet où nous soumettrions nos problèmes et tenterions d’apporter des réponses sérieuses. J’espère que ce topic ne sera pas pollué… Merci d’avance.
Je rappelle d’abord quelques grandes lignes, nul n’étant censé ignorer la loi, propos valable en France sauf précisions contraires (la loi sur le droit d’auteur est extraordinairement stricte en Belgique):

Le principe juridique: "Le droit de réaliser, publier, exploiter l'image des biens d'autrui, et ce sans l'autorisation du propriétaire est admis, pourvu que la reproduction et l'exploitation commerciale ne causent pas un préjudice particulier à ce dernier". (Cour de cassation, 1ère Ch. Civile, 2 mai 2001. n°99-10709).

Photos de personnes : demander l’autorisation systématiquement quand s'est possible (et par sécurité). Faire signer un document si c'est pour un usage commercial ou une divulgation publique (donc sur un blog ou un site web). Par contre rien n’interdit que vous fassiez, dans l’espace public, et pour votre seul usage, des photos de gens qui vous sont inconnus, et ce sans leur demander leur avis. Un point important consiste aussi à ce que la photo ne soit ni choquante, ni blessante, ni ne porte atteinte à la dignité humaine. A l’inverse, divulguer une photo d’une personne sur le web (et donc en rubrique "critique" sur PPS) peut nécessiter de lui demander son autorisation.
Néanmoins, la jurisprudence s'attache au côté artistique des photos réalisées. Le propos est développé en page 2 de ce sujet ici.

De surcroît, la présence d’une personne privée à une manifestation publique devient publique, et ce malgré les dérives judiciaires constatées depuis quelques années. Exemple : si vous êtes photographié(e)e en train de manifester, vous ne pouvez demander des droits après publication.
A l’inverse, il est interdit de photographier les employé(e)s des services publics (impôts, enseignements, métro, SNCF), qui sont considéré(e)s comme personnes privées au même titre que des ouvriers dans une usine privée. En Belgique, en 1998, le ministre de la justice a confirmé l’interdiction faite aux citoyens de photographier des agents de police à l'occasion d'une manifestation publique.
Il est aussi interdit de photographier sur les plages naturistes (espaces publics de droit privé).

Photos d’animaux : si animaux à l’état sauvage, pas de limites ; si ce sont des animaux domestiques (poules, chiens, vaches, canards, …), autorisation obligatoire pour tout usage professionnel.

Photos extérieures de bâtiments, parcs, jardins, marchés publics, cimetières, voire paysages : autorisé si usage privé. Autorisation nécessaire pour utilisation commerciale, notamment sur les bâtiments modernes où les architectes revendiquent souvent un droit de regard sur l’utilisation professionnelle qui est faite des photos montrant leur réalisations. Exemple : si une marque de bière photographie une bouteille de sa marque devant un bâtiment d’Oscar Niemeyer, son autorisation est requise pour divulgation dans la presse. Autre exemple : une publicité tournée à Disneyland ou au Parc Kruger nécessite l’autorisation de l’exploitant des lieux.
Complément : il est interdit de photographier les terrains militaires et les militaires (secret défense), les gendarmeries (rattachées au Ministère de la Défense), la Police (il faut faire les photos sans qu’ils puissent être identifiés), les Ambassades (quoique ce soit très variables suivant les pays). Il est interdit depuis octobre 2003 de photographier les cercueils de soldats (onusiens compris). Je pense qu'il en est de même des prisons et des transports de détenus.
Petit rappel historique : La loi du 5 novembre 1943 reprend l'ensemble des dispositions concernant l'interdiction de photographier en plein air pour les Français (du 18 décembre 1942). Elle sera abrogée par l'ordonnance du 8 décembre 1944.

Photos de ciels, mers, nuages, étoiles, lune, soleil : aucune limite (ni aucun procès à ce jour à travers le monde).

Photos d’objets communs : pas de limitation… sauf si l’objet n’est pas très commun (du genre un moulin à café Peugeot des années 50 en parfait état) et fait l’objet d’une utilisation commerciale (utilisation du susdit moulin à café pour une pub dans un hebdomadaire) auquel cas l’autorisation du propriétaire doit être requise. Quoique devenue omniprésente et donc très commune, la caméra de vidéosurveillance n’aime pas du tout être photographiée.
En droit, un artiste peut s’opposer à ce que l’on photographie son oeuvre d’art placée au centre d’une place publique.
Question concomitante : faut-il ôter la plaque d’immatriculation d’une voiture photographiée ? Oui si vous êtes dans le domaine privé : vous faites une photo d’une voiture sur une route (le but de la photo étant le paysage), vous devez ôter l’identification du véhicule, sauf si vous avez l’autorisation du propriétaire. Non dans le cas contraire : vous faites une photo d’une voiture en slalom auto –domaine public-, son inscription et l’engagement qu’il acquitte vaut autorisation.

Photos d’œuvres d’arts : obligation d’avoir l’autorisation du propriétaire ou du musée. Y compris pour les reproductions de peintures étant tombées dans le domaine public. Attention : il est interdit de photographier au Musée du Louvre dans la Galerie d’Apollon et l’ensemble des salles de peinture du premier étage de l’aile Denon ainsi que sur le palier où est exposée la Victoire de Samothrace depuis le 14 septembre 2005 (cela va être élargi progressivement à toute le musée – titre VI du règlement- mais les croquis à main levée reste autorisés). Idem à la Maison Van-Gogh à Auvers-sur-Oise.

Photos dans des lieux strictement privés (maison, jardin, entreprise, voiture, chantier, …) : autorisation obligatoire du propriétaire des lieux.

Photos dans des lieux privés à vocation publique (grands magasins, musées, hôtels, parkings, stades, salons, théâtres, restaurants, enceintes sportives, églises, gares, aéroports, …) : ça se complique et c’est presque du cas par cas.
Premier principe : rien ne peut s’opposer à ce que vous fassiez, à titre personnel, la photo d’un de vos proches dans un de ces lieux. Attention cependant : les flashes sont interdits dans les musées (pour préserver les tableaux et les œuvres d’art) et souvent aussi les églises.
Second principe : vous devez obligatoirement demander une autorisation pour faire une photo à usage professionnel de qui que ce soit et/ou de quoi que ce soit.
Au milieu, c’est-à-dire photographier à usage personnel dans un des lieux énumérés, c’est là que le flou commence... Exemple : photographier la coupole des Galeries Lafayette (monument classé) nécessite l’autorisation du magasin (encore faut-il savoir que c’est un monument classé !). Autre exemple : avec les nouvelles lois anti-terroristes, photographier un portail de contrôle à Roissy/Charles-de-Gaulle vous vaudra quelques ennuis.
Enfin un contrôle à l’entrée d’une salle de spectacle ne peut, sur le plan légal, vous garder votre appareil photo. Se renseigner avant et c'est au cas par cas: par exemple, au Blues Estafette Festival d'Utrecht (NL) en novembre, il n'est pas du tout interdit de photographier.
D’ailleurs, avec la démocratisation galopante des mobiles avec des capteurs à plusieurs mégas, on voit mal comment le Stade de France (par exemple) pourrait confisquer 50.000 mobiles. Par contre, sur un salon automobile, on peut vous interdire de photographier votre petite fille devant un prototype de voiture (protection du droit industriel).
Si interdiction il y a, elle doit être manifestement indiquée. Ce qui ne veut pas dire que parce qu’il y a une interdiction, il n’y a pas abus au regard de la loi et du Code Civil.

Enfin, pouvez-vous vous faire confisquer votre appareil photo/pellicule/carte mémoire ?
Oui si vous êtes pris en délit d’espionnage industriel (salon, entreprise, …) ou en délit de droit (devant une Ambassade, une gendarmerie, …). La saisie ne pouvant être réalisée que par une personne assermentée (un vigile, un stadier n’est pas assermenté !).
Non dans tous les autres cas, sauf à la personne qui veut vous saisir de prouver que vous aviez une démarche commerciale, concurrentielle et/ou professionnelle.

Tout ceci étant par ailleurs à modérer suivant la destination professionnelle. Exemple : un photographe de presse n’a pas les mêmes droits et devoirs qu’un photographe pour le domaine industriel.
Les dérives sont nombreuses. Rien n’autorise un organisateur de spectacle ou de sport à interdire les prises de vues à usage privé (et pourtant c’est marqué au dos de nombreux tickets).
En conclusion, une discussion préalable vous évitera de nombreux ennuis et discussions inutiles.

Quelques précédents topics ayant abordé ce sujet :

INTERDIT DE FAIRE DES PHOTOS ???
par Chromatic en mars 2005
En résumé : elle a été interdit de faire des photos dans les Galeries Lafayettes
Rajout: il est interdit de photographier chez Harrod’s à Londres (c’est affiché à l’entrée).

LA POLICE VOULAIT ME PIQUER MON APN
par Webabar en avril 2004
En résumé : problème de prises de vues dans une gare

A PROPOS DU COPYRIGHT
Par Jullebarge en juin 2004
En résumé : à propos du libre de droit

Et je rajoute un lien:
Le droit à l'image sur Defidoc avec les références juridiques concernées.

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FLo 88 Avatar de FLo 88

le 17 novembre 2005 à 15h31

Il y a longtemps, on a eu un topic sur l'interdiction de prendre des photos dans les cinémas.
 (si ma mémoire est bonne, c'était suite à une mésaventure de Professeur Love)

Vosgien, mi-homme, mi-sapin !
350D + 10-20 + 17-70 + 28/2.8 + 50/2.5 + 70-300IS + 430EXII


Phauto auteur de la discussion Avatar de Phauto

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le 17 novembre 2005 à 15h33

Je rajoute un lien pour ceux qui voudrait approfondir le sujet.
Il s'agit d'un colloque intitulé "Espace Public - Photo interdite" qui a eu lieu parrallèlement au Salon du Livre en 2002 et il y a un compte-rendu au format PDF de 22 pages intéressant >ici<
et en cas de lien brisé, il est >ici<

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Jayone Avatar de Jayone

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le 17 novembre 2005 à 16h14

merci pour ce topic, c'est toujours intéressant de voir quelles sont les limites  :10:

Do or do not, there is no try ...


Pierrot Avatar de Pierrot

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le 17 novembre 2005 à 16h53

Je crois qu'il y a un correctif à apporter à :

Photos extérieures de bâtiments, parcs, jardins, marchés publics, cimetières, voire paysages : autorisé si usage privé. Autorisation nécessaire pour utilisation commerciale...

Je ne sache pas que l'autorisation soit nécessaire, même pour un usage commercial, si la photographie est prise à l'extérieur du bâtiment ou du lieu. Ainsi, une pub de voiture photographiée devant la Tour Eiffel ne nécessitera pas l'autorisation de la société d'exploitation de la Tour, pas plus qu'une pub de parfum montrant un mannequin devant l'Empire State Blg ou celle d'une agence de voyages montrant la place St-Marc à Venise ou le Taj Mahal. Sauf (cas de la pub) si le contexte de celle-ci fait expressément référence au lieu ou au bâtiment es qualités.

De même, un sujet non commercial en soi photographié dans un tel cadre puis commercialisé (cas des photos d'art revendues comme telles par exemple) ne nécesitent pas d'autorisation.

En revanche, si la prise de vue à but commercial se situe à l'intérieur du lieu public et qu'il existe un propriétaire unique à ce lieu, alors l'autorisation est requise (cas d'un parc de loisirs par exemple).

Mais la loi ne statue pas sur tout et dans bien ces cas seule la jurisprudence - quand elle existe - permet de se faire une idée à l'avance de ce qui peut être requis ou pas.

Le plus amusant en la matière est le foutoir noir qui règne dans le domaine du paysage et de la photo commerciale genre "éditeur de cartes-postales" dans lequel tout et son contraire a été plaidé. M'enfin on n'est pas encore des "Yvon" ou des "Jack" (et encore moins des Yann A-B)  :mrgreen:

Eos 5d + Eos 7d + Eos 20d + Powershot S90 + lunettes de vue f/1.0 L + des valises d'autres trucs キヤノン [img]http://ww



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le 17 novembre 2005 à 17h05

Pierrot a écrit :

Je ne sache pas que l'autorisation soit nécessaire, même pour un usage commercial, si la photographie est prise à l'extérieur du bâtiment ou du lieu. Ainsi, une pub de voiture photographiée devant la Tour Eiffel ne nécessitera pas l'autorisation de la société d'exploitation de la Tour, pas plus qu'une pub de parfum montrant un mannequin devant l'Empire State Blg ou celle d'une agence de voyages montrant la place St-Marc à Venise ou le Taj Mahal. Sauf (cas de la pub) si le contexte de celle-ci fait expressément référence au lieu ou au bâtiment es qualités.

Si, cette autorisation est bien nécessaire. J'ai pris dans mon propos de présentation l'exemple d'Oscar Niemeyer. Si mes souvenirs sont bons, il s'agit d'une pub d'une bière danoise qui a nécessité l'autorisation de l'architecte, et ce alors que le bâtiment (en Espagne) n'apparaissait qu'en infime partie.
La Tour Eiffel est tombée dans le domaine public... le jour, mais pas la nuit car son éclairage est sous strict copyright! (parce que c'est une création) [idem pour l'éclairage du Pont de Normandie], tout comme le Taj Mahal, l'Empire State Building ou la Place Saint-Marc. Malgré cela les agences de pub utilisent une kyrielle d'hommes de loi pour véirifier avant si l'utilisation de tels lieux ne posent pas de problèmes juridiques.
Cas personnel: pour une publicité de whisky utilisant en arrière-plan le London Stock Exchange et la Bourse de Paris (ils s'agissaient de vues extérieures partielles), nous avions sollicité l'autorisation de ces établissements, car ce ne sont pas réellement des établissements publics. D'ailleurs le LSE est aujourd'hui côté en Bourse après avoir été racheté.

Cette autorisation est d'ailleurs tellement nécessaire qu'il y a un bouquin là-dessus!
Cela s'appelle "Photographier dans les lieux publics, Paris et Ile-de-France" publié par la Documentation Française et ça reprend monument par monument ce qui peut se faire. Cela date de 1998 et cela vaut 16 euros environ, mais il est difficile de le trouver (visiblement il y a eu tellement de demande qu'ils sont en rupture  :( ).
On trouve dans ce livre la réglementation sur la réalisation et l’exploitation des photographies dans les lieux publics, en fonction du type de lieu ou de prises de vue. Il fournit aussi pour Paris et les départements franciliens les adresses des services délivrant les autorisations nécessaires. Quoi demander de plus pour être en règle?

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Phauto auteur de la discussion Avatar de Phauto

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le 17 novembre 2005 à 17h14

Pierrot a écrit :

En revanche, si la prise de vue à but commercial se situe à l'intérieur du lieu public et qu'il existe un propriétaire unique à ce lieu, alors l'autorisation est requise (cas d'un parc de loisirs par exemple).

Petit rectificatif: un "parc de loisirs" n'est pas un lieu public, mais un lieu privé à destination publique. Dans ce cas, rien ne s'oppose à la prise de vue familiale (et rien n'autorise d'y interdire l'appareil photo).

Mais dans mon propos de préambule, j'ai clairement expliqué que toute utilisation commerciale nécessite une demande, voire une autorisation (écrite).

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Yannoo Avatar de Yannoo

le 17 novembre 2005 à 18h04

Juste pour les petits malins qui vont en concert, ou autre, avec leur APN et ne veulent évidement pas se le faire confisquer à l'entrée, il ne suffira pas de dire au vigile qu'il n'a pas le droit de le faire...Parce-que si effectivement il n'en a pas le droit, il a, bien-sûr, le droit de refuser l'entrée...
Bien essayé petit malin...  ;)

http://www.yannickh.net


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le 17 novembre 2005 à 18h15

Pierrot a écrit :

De même, un sujet non commercial en soi photographié dans un tel cadre puis commercialisé (cas des photos d'art revendues comme telles par exemple) ne nécessite pas d'autorisation.

Ah, là je ne plussoie pas...
Il y a eu un cas récemment où un travail de Daniel Buren à Lyon (Place des Terreaux) (une commande publique en 1994) se retrouvait sur une carte postale. Et s'en est suivi un dossier assez complexe sur le plan juridique (de plusieurs années). En résumé: "L'oeuvre d'art réside t'elle dans la photo de l'oeuvre" ou "Ne peut-il pas y avoir de photo de l'oeuvre sans le génie de Buren" et dans ce cas Buren peut-il demander des royalties sur la vente des photos? Je crois même que c'était encore plus compliqué parce que ce n'était pas Buren qui réclamait mais le propriétaire du lieu où est implantée l'oeuvre et qui avait plus ou moins financé le travail de l'artiste...

Une photo d'art du Centre Pompidou, de la Tour Eiffel, du pont de Millau qui, ensuite, devienne une carte postale, cela ne va pas le faire. Avec le viaduc de Millau, Eiffage demandera des droits (c'est dans le contrat de concession) et vaudra mieux s'appeller Yann Arthus Bertrand si l'on ne veut pas avoir d'ennui... Avec la Tour Eiffel, la société de droit privé à objet public qui la gère demandera des royalties. Etc.

En général, la jurisprudence joue en faveur des photographes. Et la hommes de loi s'attachent encore (du moins en France) à discerner la réelle nuisance apportée par l'utilisation d'une photo non sollicitée. Mais cela signifie que l'on va jusqu'au procés. Quelques minutes de prises de vues valent-elles plusieurs années de procédure? Une question liminaire est donc préférable. Et si la réponse est non, je conseille de changer de sujet...

Le sujet s'adressant aux amateurs de PPS (qui font de la photo par plaisir et pas pour se prendre la tête), je conseille vivement à ceux qui veulent avoir une démarche commerciale ou professionnelle de commencer par aller faire un tour au service juridique de leur groupement professionnel.

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le 18 novembre 2005 à 14h42

Je rajoute une information concernant Paris (certes, il n'y a pas que Paris en France, mais il y a beaucoup de membres de ce site qui photographient Paris...)

Circulaire de la Préfecture de Police de Paris du 7 juin 1996:
Elle prévoit que l'autorisation de prises de vues sur la voie publique n'est plus nécessaire. Ce doit être des reportages légers ne gênant pas la circulation piétonnière ou automobile : appareil à l'épaule ou un appareil sur trépied, éclairage d'appoint portatif ou au maximum deux sur trépied, alimentation électrique autonome ou par groupe électrogène portatif, absence d'effets sonores, d'effets spéciaux ou de moyens élaborés (chariot, grue, tour...).

De surcroît, votre prise de vue ne doit pas mobiliser plus de 10 professionnels (techniciens et modèles) (ça va, les réunions PPS ne sont pas concernées  ;) ) et si vous n’utilisez pas de véhicule militaire ou de police (  :?: ) ni de comédien déguisé en militaire ou en policier [il n'y a rien de prévu sur les comédiens déguisés en policiers "déguisés" en civil  :mrgreen: ]

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le 21 novembre 2005 à 09h23

A propos des photographies dans le métro et sur le réseau RATP:

"A l’heure actuelle et pour une période encore indéterminée, toutes les autorisations de tournage ou de prises de vues sont suspendues. Elles seront délivrées à nouveau lorsque le plan Vigipirate, actuellement au niveau rouge, sera descendu au niveau jugé adéquat par le Ministère de l’Intérieur.

En temps normal, la procédure pour l'octroi d’une autorisation de prises de vues à l’intérieur du réseau nécessite d’appeler le 01 58 78 29 17, une personne de la RATP y étant habilitée à traiter ces demandes. Elle vous demandera de lui préciser dans un document signé les points suivants relatifs à votre projet :
 - la durée de votre présence sur le réseau métro,
 - le détail du parcours que vous comptez effectuer
 - les sites que vous souhaitez photographier ou filmer (stations de métro, espaces RATP, etc).

De plus, l’autorisation n’est accordée que si le bénéficiaire s’engage à ne pas utiliser de flash et de trépied. Il doit être accompagné d’une personne au maximum (pas d’autorisation accordée pour un groupe).
Ces mesures sont indispensables pour garantir le niveau de sécurité associé à la prestation de transport et préserver la fluidité de mouvement des autres voyageurs.
Les professionnels qui préparent un tournage à l’intérieur des enceintes de la RATP doivent obtenir des agréments plus spécifiques. Le détail vous en sera communiqué au numéro cité."

[ il s'agit d'une réponse que j'ai reçue d'un responsable de la RATP suite à une demande que je viens de faire à titre professionnel ]
Ce courrier ne traite pas des photos personnelles d'un membre de votre famille. Mais je compléterai ce propos si j'obtiens la réponse précise à cette question.

Edit: Ayant voulu approfondir à titre personnel (cas d'un individu qui photographierait sa fille dans le métro et qui posterai ensuite sa photo sur PPS), voici la réponse apportée par la RATP:
"Professionnels et particuliers sont tenus de respecter les règles, et les uns comme les autres doivent demander une autorisation. (...) Je n'ai pas les compétences pour dire quelles pourraient être les conséquences juridiques d'un agissement contraire à la réglementation et au règlement. Pour cela, vous devrez effectuer ces demandes auprès de juristes confirmées."

Tout ceci me semble contraire à l'arrêt de la Cour de Cassation: la Cour de Cassation ayant jugé que "Le droit de réaliser, publier, exploiter l'image des biens d'autrui, et ce sans l'autorisation du propriétaire est admis, pourvu que la reproduction et l'exploitation commerciale ne causent pas un préjudice particulier à ce dernier". La RATP, à laquelle j'ai avancé cet argument, n'a pas répondu sur ce point précis.

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Foryoshi Avatar de Foryoshi

le 21 novembre 2005 à 12h47

C'est d'un compliqué tout cela...  :roll:

Moi je n'ai qu'une chose à dire, on se retrouvera au tribunal  :DD

Ps: ma petite bourse de piecettes de 1€ est toute prête ;)

Image jointemon petit bookImage jointeMaj : inProgress
"Microphone, Check, One Two, What is this !?" (Phife Dawg)


Anonyme Avatar de Anonyme

le 21 novembre 2005 à 20h15

Les réglementations sont aussi tordues dans tous les pays ou c'est une spécificité française ?


Phauto auteur de la discussion Avatar de Phauto

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le 21 novembre 2005 à 20h54

NOP a écrit :

Les réglementations sont aussi tordues dans tous les pays ou c'est une spécificité française ?

Les spécifications sont "tordues" dans chaque pays et ce n'est absolument pas franco-français comme certains peuvent le penser. Ce qui est interdit en France peut être autorisé ailleurs et inversement. En Belgique, certaines choses sont beaucoup plus complexes. Aux USA, c'est pas mal non plus. Pour être allé en Syrie, Koweit, Bangladeh, Népal, Afrique du Sud, je sais que c'est parfois pire.
Un exemple: interdiction de photographier notre accompagnateur au Népal (Mustang 1998), interdiction de photographier la frontière népalo-tibétaine (ce ne sont que des montagnes à plus de 5000 m d'altitude), interdiction de photographier les maisons à proximité des ambassades (Damas 1987), interdiction de photographier des townships (AFS 1983), interdiction de photographier le désert (oui, ça surprend mais c'était bien du désert et rien que du désert - Koweit 1897), interdiction de photographier les grillages de protection des usines (là, on croit rêver - Newark/USA 1983), interdiction de photographier (même de dos) les troupes anti-émeutes (Dacca - Bangladesh 1987), interdiction de photographier la route Damas-Beyrouth (plaine de la Bekaa 1987), interdiction de photographier une cours d'école (Roumanie 1989 et à Soissons/France en 1994), interdiction de photographier l'étal d'un charcutier (RDA 1989), interdiction de photographier le déchargement d'un minéralier (!!??... j'ai même failli me faire saisir mon boitier par la police - Dunkerque 2001), ...
Ce ne sont que quelques exemples au cours de quelques reportages.

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Phauto auteur de la discussion Avatar de Phauto

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le 25 novembre 2005 à 15h49

En relisant un autre sujet, j'y ai trouvé ceci placé par Fabrice le 3 septembre 2004:

Ce week end, j'ai voulu prendre des photos dans le parking d'un centre commercial et je me suis fait arrêté par la police...
Motif : je prendrais des photos pour un futur cambriolage. Si dans les jours qui suivent un vol a lieu, je serai sur la liste des suspects ....
J'ai dû vider ma carte mémoire ...
Désolé pour les flics s'il y en a sur PPS mais vous êtez vraiment une bande de ....

Rien n'autorisent des policiers à vous faire vider votre carte mémoire ou à vous confisquer votre appareil et ce suivant l'article placé en préambule de ce sujet:
"Le droit de réaliser, publier, exploiter l'image des biens d'autrui, et ce sans l'autorisation du propriétaire est admis, pourvu que la reproduction et l'exploitation commerciale ne causent pas un préjudice particulier à ce dernier".
 (Cour de cassation, 1ère Ch. Civile, 2 mai 2001. n°99-10709).
Si les choses se sont déroulées telles que racontées par Fabrice, il y a un abus de droit manifeste.

Maintenant, en pratique, que faire?
Si vous avez du temps à perdre, un avocat sur qui compter et que vous ne craignez pas d'être mené au poste de police, voire d'y rester en garde-à-vue, ne lâchez pas l'affaire!
Si vous jugez que votre photo peut être refaite, que cela ne vaut pas la peine de perdre 15 mn à discuter avec des représentants de l'ordre public, effacez les images concernées (et seulement celles-là - il n'est pas question de vider la carte mémoire!).
Un conseil: faites comme moi, sur une petite carte (au dos de ma carte pro, pour moi), j'ai le texte de la décision de la Cour de Cassation. Au cas où. Mais je ne m'en suis jamais servi. Sauf que la seule fois où je ne l'avais pas, j'en ai eu besoin. Donc l'avoir tout le temps avec son appareil photo.

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le 25 novembre 2005 à 16h35

Phauto a écrit :

la seule fois où je ne l'avais pas, j'en ai eu besoin.

Damned, ça fait ch...aque fois la même chose !  :mrgreen:

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Phauto auteur de la discussion Avatar de Phauto

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le 29 novembre 2005 à 01h27

Je profite de la dernière photo postée en rubrique "galerie", intitulée "l'inconnue" et où l'auteur s'interroge en partie "commentaire" sur la légalité d'une telle photo pour poster une explication fondée sur une jurisprudence récente.

Il s'agit du jugement du 2 juin 2004 du TGI de Paris par la 17ème chambre.
Ce jugement est important pour les aficionados de PPS car il reconnaît la liberté d'expression artistique sur le droit à l'image (par respect pour la vie privée des personnes concernées par ce rendu, les noms ne sont pas mentionnés ici). Et il s'applique donc à la photo de Majipoor ou à celle-là de Phauto.

Il s'agit d'un particulier pris en photo dans le métro parisien par un photo-reporter de Magnum. Cette photo a été reprise dans un livre édité en 1999, sans que l'avis de la personne photographiée ne soit demandé. Ce livre compile des photos d'individus, toutes anonymes, prises dans le métro.
L'auteur, un sociologue, a indiqué: "C'est le seul moyen que j’ai trouvé pour parler de la solitude, du silence, de l’obscurité des choses" et a ajouté "j’ai volé ces photos, c’est vrai, mais c’est au nom d’une vérité photographique que je n’aurais pu atteindre autrement". Cette photo a été ensuite utilisée dans un film "Code Inconnu" sans que la personne ne soit toujours avertie.

Le plaignant soutenait que la publication sans son accord, d’une photographie réalisée subrepticement et reproduite, dans un but commercial, sur deux supports différents, constituait une violation de son droit à l’image qui lui causait un préjudice caractérisé, invoquant, à cet égard l’exploitation mercantile de ses traits à laquelle il n’avait jamais entendu se prêter - l’expression de tristesse se dégageant du portrait le ridiculisant - et les répercussions négatives sur son équilibre familial qu’ont eues ces publications.

La 17e chambre du TGI a souligné que toute personne dispose d’un droit exclusif sur son image et sur l’utilisation qui en est faite lui permettant de s’opposer à sa captation et à sa reproduction sans son autorisation, cependant ce droit n’est pas absolu. Il cède, notamment, devant le droit à l’information, droit fondamental protégé par l’article 10 de la Convention Européenne. En effet, cet article autorise la publication d’images de personnes impliquées dans un événement, sous réserve du respect de la dignité de la personne humaine. Le Tribunal a considéré "qu’il doit en être de même lorsque l’exercice par un individu de son droit à l’image aurait pour effet de faire arbitrairement obstacle à la liberté de recevoir ou communiquer des idées qui s’exprime spécialement dans le travail d’un artiste".

Le livre incriminé a été considéré par le tribunal comme "incontestablement une œuvre artistique par l’originalité de la démarche de l’auteur, photographe mettant son art au service d’une observation sociologique, (…) la manière dont il a su faire passer l’expression des sujets et la qualité des images tenant, entre autre, à la façon dont les personnages sont cadrés et leur regard capté".
En outre, le tribunal a précisé que "le but recherché n’aurait été atteint si le photographe avait agi à découvert; que s’il a volé ces images, ce n’est pas spécialement dans un but commercial ou mercantile comme le prétend le demandeur, mais dans la perspective de fournir un témoignage sociologique et artistique particulier sur le comportement humain, étayé par l’analyse d’un philosophe et sociologue cosignataire du livre."
Le tribunal a considéré que la photographie litigieuse ne montrait pas le demandeur dans une situation dégradante et que l’expression qui se dégageait de son portrait ne le tournait pas en ridicule. Il a jugé que le demandeur, qui n’a fourni aucune pièce susceptible d’établir la réalité du préjudice allégué, ne pouvait valablement prétendre avoir souffert moralement de se voir reproduire dans le livre.

Le tribunal a donc débouté le plaignant de toutes ses demandes en jugeant que :
-. le photographe n’avait pas fait un usage fautif de la liberté d’expression ;
-. la reproduction de l’image du demandeur dans le film en dehors de toute atteinte à sa dignité n’était pas fautive.

Sources: diverses dont le cabinet d'avocats Scaraye à Paris

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Phauto auteur de la discussion Avatar de Phauto

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le 29 novembre 2005 à 02h13

Et j'en profite pour rajouter l'article 10 de la Convention européenne des Droits de l'Homme de 1950 mentionné dans le post précédent:

-. 1. Toute personne a droit à la liberté d'expression. Ce droit comprend la liberté d'opinion et à la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu'il puisse y avoir ingérence d'autorités publiques et sans considération de frontière. Le présent article n'empêche pas les Etats de soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un régime d'autorisations.
-. 2. L'exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions, prévues par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité nationale, à l'intégrité territoriale ou à la sûreté publique, à la défense de l'ordre et à la prévention du crime, à la protection de la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits d'autrui, pour empêcher la divulgation d'informations confidentielles ou pour garantir l'autorité et l'impartialité du pouvoir judiciaire

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Anonyme Avatar de Anonyme

le 29 novembre 2005 à 09h05

Le jugement auquel tu fais référence concerne une publication papier que je suppose constituée de plusieurs photos et (peut-être ?) d'une analyse "scientifique" au sens sociologique du terme. Es-tu sûr que les photos d'inconnues postées sur PPS (par exemple celle de Majipoor ou la tienne) rentrent bien dans ce cadre ? En lisant le texte du jugement j'ai le sentiment que le coté "scientifique" de la démarche prend totalement le dessus sur l'aspect artistique, d'ailleurs le cosignataire est bien philosophe et sociologue.


Dioxine Avatar de Dioxine

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le 29 novembre 2005 à 10h43

Phauto a écrit :

interdiction de photographier le désert (oui, ça surprend mais c'était bien du désert et rien que du désert - Koweit 1897)

Ben mon vieux Phauto, tu m'impressionnes !
Faire le voyage jusqu'au fin fond de l'Empire Ottoman pour aller photographier un bout de désert, ça ne devait pas être évident il y a ... 108 ans ! Image jointe

Ceci dit, t'as de la chance, tu ne fais pas ton âge... :beer:

A l'attention des lecteurs de ce post :
Je m'aperçois que je suis en train de polluer un topic qui était parvenu à rester sérieux jusque là, et qui est par ailleurs très utile à tous les PPSiens. Mais j'ai pas pu résister.  :oops:
J'espère néanmoins ne pas déclencher une avalanche de réponses (surtout si celles-ci ne sont composées que de smileys). Merci.
Si c'était par malheur le cas, j'autorise les modos à supprimer mon post.

Dioxine
Jeune génaire

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